T'y crâ ti u patouès du Brionnas-Tsarolas
T’y crâ ti u patouès du Brionnas-Tsârolas ?
Est-ce que vous croyez à un avenir pour le patois du Brionnais-Charolais ?
Ô s’é piqué su ses tsambes
Il s’est mis debout
Le Piârre, ô li avo tsertsi des rognes
Pierre s’était beaucoup chamaillé avec lui
Ma, y é dzamé que des treufes !!
On a beau faire, ce ne sont que des pommes de terre !!
Vos l’avi ti cognu, le grand Dzan, le Dzan de Viry ?
L’avez-vous connu le grand Jean, le Jean de Viry ?
Stu gâ, y é un va d’la gueule !
Celui-ci, il n’arrête pas de crier !
Ô s’en crâ-yo depeu que le dépeuté li avo sârré la main
Il faisait l’important depuis que le député lui avait serré la main
Ô s’éto mi à corri après leuille
Il n’arrêtait pas de l’importuner
Quouâ qu’t’a mi mes affères ?
Où as-tu mis mon sac à dos ?
Dz’l’é mi en pagnadze
Je l’ai mis en pension(en parlant d’un animal)
Y va tsertsi dans les combin ?
Combien ça coûte environ ?
Y a eune tatse de tsampignons sos le tsatagni
Il y a un rond de champignons sous le châtaignier
Le solé pique, le tounârre é pas louan
Le soleil est brûlant, l’orage est pour bientôt
Ô m’a ameuzi davu totes ses histouères
Il m’a retardé en me racontant tous ses problèmes
Su Seuv’gnon, qué biau temps, la Félicie vos attend(les 9 et 10 juin)
La Félicie vous invite
Si l'avenir vous inquiète, si le présent vous parait difficile, alors allez faire un petit tour les 9 et 10 juin à Sivignon, quelque part entre Charolles et Cluny. Pour chasser les idées noires, pour connaître un peu plus le passé, pour réapprendre quelques mots de patois charolais corri vite vés la Félicie.
Le Batiste, ô solo v'ni
Dans le patois du Brionnais-Charolais et des alentours où le L français se transforme en I ou Y, la syllabe CL devient CH-YE (chieu ou cieu). Voici quelques exemples :
Le Batiste, ô solo v’ni bié des cops vés son onch-ye
Baptiste avait l’habitude de venir souvent chez son oncle
Les mouènes de Chieuni avin des centaîn-nes d’arpents de veugne
Les moines de Cluny possédaient un grand vignoble
Ôl avo predu les chiées de sa vouâteure
Il avait perdu les clefs de sa voiture
Les gamins chiaquin des bots de papi matsi tant qu’u piafond
Les gamins claquaient (lançaient,collaient) des boules de papier mâché jusqu’au plafond
La chiotse de bronze fa-yo bin dans les quate à cinq cent kilos
La cloche de bronze pesait environ de quatre à cinq cent kilos
A la fète du v’ladze, ôl avo pianté le grou chiou u premi cop de martiau
A la fête du village, il avait planté le gros clou d’un seul coup de marteau
Tos les cops qu’ô passo p’La Chiète (ou La Ciète), ôl allo vouâ les carpes du tsatiau
Chaque fois qu’il passait par La Clayette (prononcer La Claite), il allait voir les carpes du château
Mîn-me davu ses yeunettes, la vieûille feune y va-yo pu chié
Même avec ses lunettes, la vieille femme ne voyait plus clair
Davu ses sabots chioutés, ô quillo pu su le pion
Avec ses sabots cloués (ferrés), il ne glissait plus sur l’herbe
S’t’an-née, y s’é battu à la machine à San Cieumin
Cette année, on a battu à la machine à Saint Clément de Vers
(Voir l’histoire sur le blog dans la catégorie Quelques textes locaux)
Pe gagni le paradis
Il y a bien longtemps, il n’était pas rare de voir les propriétaires, notables et seigneurs, faire don aux monastéres de tout ou partie de leurs biens, y compris hommes, femmes et enfants, pour s’assurer une place au paradis. Tout s’achetait ! Déjà… !!
P’ gagni le paradis
Le B’nâ : « T’y sé ti qu’ nos van pu appart’ni u tsatiau ; y donnan tot, les târres, les prés, les bos, la mainzon, les tras vaches, la veugne, pi nos éto bié seûr. Tot dans l’min-me pani. La feune du tsatiau, al baille tot és mouènes de Chieuni pe gagni l’paradis. »
La B’nate : « Qui qu’y va tsandzi pre nos ? »
Le B’nâ : « Pas grand tsouze. Nos an ran, nos san ran. Yé pas pre nos l’paradis ! »
La B’nate : « Faudra ben qu’te t’contente de su là qu’pisse dans la beune. »
Le B’nâ : « Dz’y sé bin ! Pi s’y dzeule pas, pi s’y greule pas ! Epi, si les mouènes nos prenan pas tot, c’man bié des cops. »
La B’nate : « Te d’vo pas parti piotsi la veugne à la pique du dzo. Dans quéques mas si t’vou goté l’tin-ne de paradis, y s’ro bin temps qu’te parte !! »
Le B’nâ : « Piotsi, piotsi, toudze piotsi p’les autes ! Quand don que dze va piotsi pre ma !! »
Pour gagner le paradis
Le Benoît : « Sais-tu que nous n’allons plus appartenir au château ; les terres, les prés, les bois, la maison, les trois vaches, la vigne et nous aussi bien sûr sont cédés aux moines de Cluny. La châtelaine espère ainsi gagner le ciel à l’heure de sa mort. »
La Benoîte : « Et ça va changer quoi pour nous ? »
Le Benoît : « Pas grand chose. Nous n’avons rien, nous ne sommes rien. Le paradis ou les lendemains qui chantent, ce n’est pas pour nous ! »
La Benoîte : « Il faudra bien que tu te contentes du premier vin nouveau ( appelé paradis ). »
Le Benoît : « Du moins s’il ne gèle pas, s’il ne grêle pas ; et si les moines ne nous prennent pas tout, comme bien souvent. »
La Benoîte : « Je croyais que tu allais piocher la vigne tôt ce matin. Dans quelques mois, si veux goûter à ton paradis, il est temps de partir au travail !. »
Le Benoît : « Piocher, piocher, toujours piocher pour les autres ! Quand donc est-ce que je vais piocher pour moi !! »
Ôl a s'mé des pôres, pi des pastonades
Ôl a s’mé des pôres pi des pastonades
Il a semé des poireaux et des carottes
En martsant su eune pouante reuillouze, le Touâne avo pri mau so l’pi
En marchant sur une pointe rouillée, Antoine s’était blessé au pied
C’man tos les dzos, ô s’éto cutsi à la r’tsaude
Comme d’habitude, il s’était couché dans un lit défait
Quand nos y é, nos y é
Quand on y est, on y est (pas la peine de tergiverser, d’hésiter)
La Maria, al donno en r’tenant
La Marie tenait serré les cordons de la bourse
Leu dzardin éto breûssi pre-yon
Leur jardin était bêché profond
Oh bin su-la, ôl é pas bié cueut
Celui-la, il n’est pas bien cuit ( c’est un imbécile)
Le Dzan, ô tsome pu itié, ôl é parti és cinq cent diab-yes
Le Jean n’habite plus ici, il est parti loin, on ne sait où
Y a fallu la né pe qu’ô dépiè-ye
C’est seulement à la nuit qu’il a arrêté son travail
Dans les copes, les fromadzes s’agotan dans l’agotou
Dans les faisselles, les fromages s’égouttent dans l’égouttoir( en perdant le petit lait ou sérum)
Va don te fère cueure un u !
Va donc te faire cuire un œuf ! (fous-moi la paix !)
Nos pou dère qu’ôl occupe bié son monde
On peut dire qu’il prend beaucoup de place ( tant par les paroles que par les actes)
La sope à la corneûille
La sope de corneûille
«T’cogni ti la sope à la corneûille ? Non !! Bin, dze m’en va t’bailli la rr’ceute. Y é de la sope qu’nos fâ p’la s’min-ne, pi des cops meu…. »
« Dze t’acueute… »
« Te va vouâ le Dzan, y é bin rare si ôl en a pas yeune, de corneûille. Si ôl en a dou-tra, te t’atraude la pu vieûille. Davu eune vieûlle corneûille, la sope, tot l’monde en r’demande. »
« Y a pas l’air maulézi, ta rr’ceute. »
« P’tète, ma la corneûille i fau ti la pieumé ? Y en a qu’la pieuman, pi des qu’la pieuman pas. Davu, les pieumes, te r’mé de l’éille pendant des dzos p’ava d’la sope qu’é toudze de la sope ! »
« Epi le sal, bié o pas bié… ? »
« Y fau pas le tseuilli. »
Dous s’min-nes après, la grande D’nize é v’ni vés la Maria : « Bin di don, ta sope à la corneûille, pressone a volu en mandzi ! »
« Dze t’avo bin di qu’al fa-yo du profit, ste sope… »
« Faudro pas qu’te m’preune p’eune bredeune !! »
« Bredeune ta, t’en é bin guéri… »
« Quand mîn-me, quand mîm-me …dz’en cogni bin des afféres .. »
« Dze di pas non, ma, t’savo p’tète pas qu’la corneûille i fallo pas la mète dans la marmite, ma su le couèch-ye… !! »
La soupe au corbeau
« Connais-tu la soupe au corbeau ? Non ! Hé bien, je vais te donner la recette. C’est une soupe que l’on fait pour la semaine et même un peu plus… »
« Je t’écoute… »
« Vas voir le Jean, il va bien te trouver un corbeau. Choisis un vieux corbeau. C’est bien meilleur pour la soupe… »
« Ta recette n’a pas l’air difficile. »
« Peut-être ; mais faut-il le plumer ? Certains le font ; d’autres non. Mais il est sûr qu’en conservant les plumes la soupe est encore meilleure… !! »
« Et le sel, faut-il en mettre beaucoup ? »
« Oui, je crois… »
Deux semaines plus tard, la grande Denise est venue rendre visite à la Marie : « Personne n’a voulu manger de ta soupe au corbeau !! »
« Je t’avais pourtant avertie que vous en auriez pour longtemps… »
« Faudrais tout de même pas me prendre pour une imbécile !! »
« Mais non, mais non… ! »
« Tu exagères quand même, j’en sais antant que toi… »
« Bien sûr, mais j’ai oublié de te dire que le corbeau ne se met pas dans le fait-tout, mais sur le couvercle… !! »
Langues régionales
Le 31 mars dernier, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans toute la France pour demander la ratification de la Charte européenne pour la sauvegarde des langues régionales (occitan, breton, basque, corse, alsacien, picard, etc...). Les gouvernements français ne manifestent pas jusqu'à maintenant beaucoup d'enthousiasme pour le soutien du patrimoine linguistique.
Voici une petite note de Pierre Léger, président de l'Association des Langues de Bourgogne, parue sur Facebook :
Pour que chacun vote en étant bien informé voici, selon un communiqué de EBLUL-France (Réseau Européen pour l'Égalité des Langues), la position des candidats relative à la ratification de la Charte européenne des langues régionales :
Sont pour :
François Hollande, Parti Socialiste (Modification de la Constitution et ratification de la Charte)
Eva Joly, EELV (modification de la Constitution, ratification de la Charte, co-officialité de la langue dans les régions qui le souhaitent)
Philippe Poutou NPA (Modidifaction de la Constitution, ratification de la Charte, co-officialité en Corse, au Pays Basque)
François Bayrou, Modem (Ratification de la Charte)
Sont contre :
Marine Le Pen, Front National
Nicolas Sarkozy, UMP (discours de Marseille, 19 février)
Jean-Luc Mélenchon, Front de Gauche (interview France3 Corse - 23 février)
Nicolas Dupont-Aignan (courrier du 24 février)
V'là qu'le patouâs fâ d'la politique achteûre; prequa don qu'ôl en faro pas. Quand i fau, ifau!! Dzeuste un p'tion bié seûr...
i avin ga-yi tot l'tantôt
I avin ga-yi tot l’tantôt
Ils avaient joué tout l’après-midi
Y vau meu ète soul que bredin, y deûre pas des dzos, pi des dzos
Il vaut mieux être ivre qu’idiot, cela dure moins lontemps
Tant qu’achteûre, y va bin
Jusqu’à présent, tout va bien
Son biau dzardin éto attenant à la vretsire
Son beau jardin était en limite de la bonne parcelle à coté de la maison
Ô mandze à tos les batsés
Il mange à tous les rateliers
I étin v’ni p’afremé un vaule à la fouère des mensères
Ils étaient venus pour embaucher un domestique à la foire des mensères
(mensères : de mans , un ancien nom de l’exploitation agricole)
Passé un temps, ô v’no bin
Autrefois, il venait souvent nous voir
I s’étin éboyi de rire ou i s’étin écafalé
Ils avaient pris le fou-rire
Nos li faro crâre qu’le diab-ye é son pére
On lui ferait croire que diable est son père
Freume don le sa-yo du sagné qu’les cotsons rentrin pas dans la co
Fermes le portillon du pré pour que les cochons ne rentrent pas dans la cour
Ôl l’avo bié atrapé en li diant que sa feu-ye allo v’ni le vouâ
Il l’avait surpris en lui disant que sa fille allait venir le voir
Y gueugne dans le mantse vés lu
Tout va mal chez lui
Sitot mandzi, ôl allo fâre pranire
Dès la fin du repas, il allait faire la sieste
C'est le printemps
C’est le printemps
V’là les biaus dzos
Voilà les beaux jours
Inutile d’enseigner aux singes à grimper aux arbres Lao-Tseu
Pas la pouène d’apprende ès sindzes à monté dans les arbes
Pas la peine d’apprendre aux singes à monter dans les arbres
Elections, piège à cons Mai 68
Ran qu’eune atrape, les élec-chons
Rien qu’une tromperie, les élections
Si vous croyez savoir, vous ne savez pas Lao-Tseu
Si vos crayi qu’vos savi, vos savi ran
Si vous croyez que vous savez, vous ne savez rien
Toute chose a une fin, sauf le saucisson qui en a deux Proverbe danois
Tot a un bot, y a ran qu’le saucichon qu’en a dou
Tout a un bout, il n’y a que le saucisson qui en a deux
C’est double plaisir de tromper le trompeur La Fontaine
Qué piézi de fâre encrâre u mentou
Quel plaisir de faire croire au menteur
Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris
Pas pu fier qu’un r’na qu’eune polaille aro pri
Pas plus fier qu’un renard qu’une poule aurait pris
Sous les pavés, la plage Mai 68
Su l’feumi, les biaus boquets
Sur le fumier, les belles fleurs
(si quelqu’un a mieux comme traduction ?)
Nul n’est prophète en son pays
Y é pas vés sa qu’nos é crayu
Ce n’est pas chez soi qu’on est cru
Il ne faut pas avoir les yeux plus grands que le ventre
I fau pas ava les yieus pu grous qu’le beuillou
Il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre
Les grandes foudzires
Y a bié du temps, les foudzires servin p'la l'tire des vatses(pe fromodzi), pe fâre des paillasses (nos y dreumo bié). Achteure, i porrin servi à fâre pou és puzes, és insètes. Toudze meu que d'atseté tos stés bocons!
Les grandes foudzires
Sité su sa tsire, la B’nate se rétsand u solé d’van l’ meûr dzeuste à couté d’la pôrte. Al sondze la B’nate, al sondze…Al a pu qu’san à fâre la B’nate. Al vodro parti louan ; tot les dzos al y sondze .
Stu cop yé pe d’min. Seûr qu’y é pe d’min qu’al va parti à la pique du dzo davu ses dous cannes. Al s’y voua dza. Al prend le ts’min du bos, al passe vés les tsatagnis, pi al dévale tot dou, tot dou p’la corsire. Yé là qu’al va la B’nate, bié catsi u mitan des grandes foudzires. Y a pressone que vou la trové. Epi l’monde a bin aute tsouze à fère qu’à tsertsi eune vieuille feune…
Ya pu qu’à attende qu’al veune. Oh ! al va bin v’ni ste garce … Al eub-yi dzamé de v’ni…Ya bié du temps qu’al y sondze, la B’nate à débaréssi l’piantsi. « Fau bin qu’y s’fa-ye » qu’al a di bié des cops.
Ma vlà les grandes foudzires que v’nan à son d’vant… Al é dza à d’min la B’nate. Si al va y éte bié dredilé…Achteure les foudzires l’ensârran c’man si volin l’atofé.Y la sârre…Y la sârre..Y la… …
La ch’tite Maria é sorti d’la maison en corran aprés l’tsa. Al tseuffe sa mére : « M’man vin vite, vin vite, y a la mémé B’nate qu’a tsé d’sa tsire !!... »
Les grandes fougères
Assise sur sa chaise, la Benoîte se réchauffe au soleil, devant le mur juste à coté de la porte d’entrée. Elle pense la Benoîte, elle pense…Elle n’a plus que ça à faire. Elle voudrait partir loin ; tous les jours, elle y pense.
Cette fois, c’est pour demain.Sûr que demin, elle va partir dès l’aube aves ses deux cannes. Elle s’y vois déjà. Elle prend le chemin du bois, elle passe près des châtaigners pour descendre doucement par le raccourci. C’est là qu’elle va la Benoîte, bien cachée au milieu des grandes fougères. Personne ne pourra la trouver. Et les gens ont autre chose à faire que de chercher une vieille femme…
Il n’y a plus qu’à attendre, elle doit venir… Oh ! elle va bien arriver cette garce….Elle n’oublie jamais de venir…Il y a lontemps qu’elle y pense, la Benoîte, à quitter la vie. « Il faut bien en arriver là » , une phrase qu’elle a redit bien souvent.
Mais voilà les grandes les grandes fougères qui viennent à sa rencontre…Elle est déjà à demain la Benoîte. Elle sera bien là-bas…Maintenant les fougères l’entourent comme si elles voulaient l’étouffer…Une main de fer lui broie la poitrine…La douleur est trop forte !
La petite Marie est sortie de la maison en courant derrière le chat. Elle appelle sa mère : « Maman, viens vite, viens vite, la mémé Benoîte est tombée de sa chaise !! …. »


