"Les paysans inventeurs de leur parler" Mario Rossi

 

Le patois, c’est la langue d’hier. Parlé jusque vers les années 50, il a complètement disparu chez les nouvelles générations ? Combattu par tous les pouvoirs qui n’ont pas compris ou pas voulu comprendre que le patois était une langue comme les autres ; abandonné par nécessité au moment de la migration agricole et rurale ; jamais écrit, sauf exception, le patois ne pouvait que disparaître peu à peu dans l’indifférence.

Mario Rossi, l’auteur des « Parlers brionnais » nous dit pourquoi le patois est une langue comme les autres dans l’introduction de sa conférence donnée à Gibles (Dzib·ye) en juin 2006 «  Les paysans inventeurs de leur parler »

 

«  Le terme patois remonte au XIIIème siècle et désignait un langage pauvre et grossier parlé par des populations incultes Encore aux alentours de 1800 on critiquait les spécialistes du folklore car ils étudiaient des patois « indignes d’attention et encore moins de respect » Ce terme est méprisant ; j’éviterai donc de l’utiliser, malgré son emploi fréquent aujourd’hui, sans intention péjorative bien sûr. Ce patois est un dialecte ou la variante d’un dialecte.Je parlerai donc du dialecte ou du parler d’une région particulière ; il se distingue par là du dialecte dominant qui est devenu la langue nationale. Mais ce n’est vraiment qu’après le XIVème siècle que le francien, dialecte de l’Ile de France, est devenu notre langue nationale.

Imaginez un instant que Lyon fût devenue la capitale de la France, ce qui a bien failli se produire, puisque Lyon était la capitale de la Gaule, capitale où est né Claude , le grand empereur romain. Eh bien La langue française eût été, non pas le francien, mais le lyonnais qui n’est maintenant qu’un « patois » franco-provençal Et nous aurions une langue française très proche de nos parlers du Brionnais, surtout ceux du Brionnais de l’est qui, vous le savez ont été très influencés par les dialectes franco-provençaux du Lyonnais.

Il n’y a pas de dialectes inférieurs et supérieurs, la notion de « patois », dans le sens de parler grossier et rustique, doit être absolument proscrite. Il n’y a pas de langue pauvre et de langue riche. Tout dialecte comme notre langue, possède une grammaire, un vocabulaire, et une phonétique qui rend compte de sa prononciation. Par conséquent tout dialecte, comme toute langue, possède, pour fonctionner, des règles précises, des règles strictes, comme celles qu’on apprend à l’école, que ceux qui parlent le dialecte n’ont pas apprises à l’école, mais qui sont emmagasinées dans le cerveau, par l’apprentissage, dès les premiers mois après la naissance, des règles qu’ils connaissent parfaitement et utilisent de façon inconsciente.

Le dialecte n’est donc pas du français écorché, comme on le croit trop souvent ; c’est une langue à part entière avec ses règles. »

 

La disparition complète du patois n’est pas inéluctable. Il suffit que quelques personnes cherchent à l’écrire pour en sauvegarder une grande partie.