Les châtaignes du bois de Marcon .... une histoire écrite par  Albine Novarino, journaliste, écrivaine, et qui a bien voulu m'autoriser à l'écrire en patois charolais-brionnais avec l'accord des journaux: Le Journal de la Sâone et Loire et Le Bien Public.

 

 

                Les châtaignes du bois de Marcon

 

 

Du côté de Matour se déroule une histoire glaçante à bien des égards.En octobre 1884, dans quelles circonstances Jeanne a-t-elle disparu ?

 

 Jeanne Descombes est née à Meulin, situé à huit kilomètres de Matour, non loin de Cluny. Orpheline de mère de bonne heure, elle a été élevée à la dure par une tante. Quand son père s'est remarié, elle a souffert de la cruauté de sa belle-mère. En conflit ouvert et permanent avec son père qui lui prend tout l'argent qu'elle gagne en excerçant de menues besognes, Jeanne a la douleur de perdre son frère Lucien.

 C'était son seul appui sur terre. Depuis qu'elle a dix ans, elle fugue régulièrement du domicile paternel où règne la violence. Les voisins qui la prenne en pitié l'hébergent. Pour autant, Jeanne est loin d'être appréciée. On la juge renfermée, sournoise. Elle a commis plusieurs larçins. Quand on la recueille, on la fait coucher dans le fenil de peur qu'elle ne transmette des maladies à la maisonnée.

 

 Où Jeanne est-elle passée ?

 

 La nuit du 7 au 8 octobre, Jeanne dort dans la grange de ses voisins, les Thomas. A Louise Thomas qui lui donne un quignon de pain, le 8 au matin, Jeanne dit : « Je vais aux châtaignes, je t'en rapporterai ce soir pour tes enfants. » Aprés avoir quitté Louise, Jeanne part effectivement ramasser des châtaignes dans les bois de Marcon. Des enfants qui sont en train d'en remplir leurs petits paniers la rencontrent. Ils la voient partir en compagnie du garde-champêtre, Denis Lachanelle.

 

C'est en bavardant paisiblement, que le couple prend un sentier qui monte en direction d'un bois. On ne reverra plus jamais Jeanne. Louise finira par coucher sa progéniture qui aura vainement attendu son régal de châtaignes rôties dans la cheminée. Pour autant, à Meulin, on ne s'inquiète pas outre mesure de la disparition de Jeanne. Les mauvaises langues lui reprochent de ne pas être venue fleurir la tombe de sa mère à l'occasion des fêtes des morts. On prétend même qu'elle est partie jusqu'à Mâcon, ou même à Lyon où elle vivrait de ses charmes. On a tôt fait de lui coller l'étiquette de gourgandine.

 

 Macabre découverte

 

 Le 7 novembre 1844, des fermiers étendent du fumier pour fertiliser une terre avant les labours, à proximité des bois de Marcon. C'est alors, tout à fait par hasard, que deux enfants qui aident leur aperçoivent une forme étrange qui flotte sur les eaux d'un petit étang situé en contrebas d'un champ.Appelées aussitôt sur les lieux, les autorités ne vont pas tarder à remonter à la surface de l'étang le cadavre d'une femme. On l'identifie rapidement. Il s'agit de Jeanne Descombes.

 

 Qui a tué Jeanne ?

 Les blessures que porte le cadavre, la grosse pierre qui était attachée à son cou afin qu'il soit lesté et ne remonte pas à la surface des eaux rapidement ne laisse planer aucun doute : Jeanne ne s'est pas noyée accidentellement, elle ne s'est pas suicidée non plus, elle a été assassinée.Les soupçons se portent naturellement sur Denis Lachanelle, la dernière personne à avoir été vue en compagnie de la victime.D'autant que le garde-champêtre a la réputation d'être violent, brutal. Veuf, alcoolique, ce manchot terrorise les femmes et il en a déjà poursuivi plusieurs de ses assiduités. Après l'avoir fait tremper dans de l'eau pendant un mois, il a vendu à un fripier le pantalon qu'il portait le jour de la disparition de Jeanne ; il a tenu des propos prouvant qu'il était parfaitement au courant des derniers instants de vie de la jeune victime.

 

Le 8 mars 1845, Denis Lachanelle, qui a été jugé et inculpé du meutre de Jeanne, est conduit Place Saint-Pierre à Macon et guillotiné

 

 

 

Suite...

 

 

 

Le 3 décembre 1845, Antoine Descombes, le père de Jeanne, décède. La plupart des habitants pensent que si Lachanelle a tué Jeanne, il a agi sur l'ordre du père Descombes. Pingre et fainéant ce dernier n'avait nulle intention de restituer à sa fille la part d'héritage qui lui venait de sa mère et de son frère ; or, elle allait atteindre sa majorité.

 C'est avec l'argent que lui avait donné le meunier de Cluny quand il avait envoyé son fils en garnison à Lyon que Descombes avait, selon toute vraisemblance, payé Lachanelle pour tuer sa fille

 

 

 


 

                            Les tsatagnes du bos de Marcon

 

Y é à Meûlin, u borg que La Dzane Descombes é v'ni u monde. Meûlin, vos y savi bin,y é à 8 km de Mato,pas bié louan de Chieuni.Tote soule,sa mêre éto u s'mentire,yé à la deûre qu'al avo grandi vés eune tante. Pi son pêre,ô s'é remaryi davu eune garce de feune que méto pas de la briotse su la traubye pe tot le monde. Le pêre qu'éto toudze aprés leuille, li preno tot les petiéts sous qu'al gagno à dreute pi à gautse. La Dzane,que les malheûrs corrin d'rri leuille,a enco predu son frére le Lulu.

Y avo ranqe lu pe l'adzué.Depeu ses 10 an-nées, al se sauve de vés son pêre que sé ran que cogni su la poure Dzane. Le monde qu'la vayan tos les dzos, li dian de v'ni vés zieus. Ma la Dzane, i l'ain-man pas tant que san. Al cause pas, al rempyi ses potses. Matan qu'i an pou qu'al sa malède, hé bin i la nanvian passé la né dans le f'no.

 

Ô don qu'é passi la Dzane

 

La né du 7 u 8 octobe, la Dzane dreume dans la grandze, vés les Thomas. La Lili Thomas li baille un quignon de pain. La Dzane s'en va és tsatagnes : « Dze va t'en ram-né p'les ch'tits ».La v'là parti dans les bos de Marcon o ya pyin de tsatagnis. Ya dza des mômes que san aprés rempyi leus panis. Yé à stu moment qu'i la vayan parti davu le garde-tsampète, le D'ni Latsaneûle. Yé en causan tos les dous qu'i prenan le senti à travers le bos. La Dzane, nos la varan pu. La Lili attendo un pani de tsatagnes pe fare mandzi ses ch'tits. Ya fallu les cutsi sans tsatagnes. Ma le monde de Meûlin, i se fayan pas grand souci p'la Dzane.Dza qu'al vin pas mète quéques boqués u s'mentire le dzo d'la Tossaint. I se di qu'al è parti tant qu'à Macon o bin tant qu'à Yion ô qu'al faro la gourgandine.

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Qu'y qui vayan ?

 

Le 7 novembe 1844, i san dous-tras qu'écartan du feumi d'vant de laboré.Ya des ch'tits dza grandis que donnan un cop de main à leû pére. Ma, y en a toudze qu'avisan pretot.Su l'étang, dans le bas,i vayan quéque tsouse de pas ordinaire... Les dzendarmes san vite veni...I trovan eune feune que s'é nayé, pi i an vite vu qu' y éto la Dzane Décombes.

 

Qui qu'y é qu'a tué la Dzane ?

 

La Dzane, si ô l'avo bié arrandzi !! La grousse piarre éto attassi u co, pe qu'al tsome u fond de l'étang. Tot san, y vou dère qu'la Dzane, hè bin ! al s'a pas nayé tote soule !!! Y en a yun que s'en é débarréssi. Asteur , tot les Meûlatis pi le Meûlatires i dian qu'y é le D'ni Latsaneûle. Y éto lu qu'éto davu leuille le drri dzo. Epi y fau dère qu'le garde-tsampète, hé bin y éto eune brute. Ô corre aprés les feunes que veudrin bin s'en débarréssi. Pe trompé son monde, ôl a mis sa cueulote à trempé dans l'éille pendant un mâs, pe la vende u patti. Y éto la cueulote qu'ô porto le dzo qu'i ramassin des tsatagnes. Ôl a fini pe dère qu'ô savo tot d'la Dzane, le dzo qu'al a meûrri.

 

Y é fini....

 

Le 8 mâr 1845, le D'ni Latsaneûle a passi d'vant le dzeudze qu'l a nenvyi à Macon pe li fare copé la tête. Le 3 décembe 1845, le Toine Décombes qu'éto le pêre de la Dzane, a cassi sa pipe.Tot Meûlin savo que si Latsaneûle,ôl a tué la Dzane, y é à la demande du pêre Décombes. Faignant c'man eune arse, ôl avo pas envie de rende sa part à sa feuye qu'allo vés sa majorité. Tot san, p'y laissi à sa mêre, pi à son frêre. Y é davu les sous que lu avo donné le mouni de Chieûni qu'ôl avo pu fare rempiéci son gâs à l'armée du couté deYion . Le Décombes avo du pâyi le Latsaneûle pe se débaréssi de sa feuye...La Dzane...Poure Dzane...